
Le Rocher de Palmer accueillait ce 14 février 2025 Nubya Garcia, une saxophoniste de jazz britannique, dans cette lignée de filles à caractère qui tracent leur route (enfin !) dans le milieu du jazz et dans celui du saxophone. Elle arrive avec un sacré pédigrée, bardée de récompenses, formée dans les plus prestigieuses écoles et est décrite comme une artiste de talent, une pépite à surveiller de près.
C'est aussi une artiste de son époque, active sur les réseaux sociaux, compositrice pour des jeux vidéos influents, collaboratrice du monde de la mode. Acclamée par la critique elle est sans doute en passe de devenir une incontournable...
Il faut dire qu'elle a pour elle de nombreuses qualités évidentes dès la première écoute : un son remarquable, vraiment beau, chaud, ample et souple; une agilité virtuose dont elle ne fait pas un étalage excessif, et une personnalité sincère, facile et souriante. Un petit bout d'énergie puissante et équilibrée. On a envie de glisser dans ses notes et de se laisser prendre très vite à son cheminement.
Elle a également la réputation de porter à travers ses compositions un syncrétisme de musique, jazz bien sûr mais aussi soul, RNB ou caraïbes, diablement désirable.
Pourtant c'est un concert d'un classicisme convenu auquel nous allons assister. Un concert court aussi, à peine une heure et quart.
Les deux premiers morceaux se déroulent sans efforts, des bannières souples, remplies de douceur, bien agréables mais ballottées d'un chant à l'autre, sans trop de distinctions ni de ruptures, avec un thème que l'on a du mal à suivre ou identifier. Une structure jazz classique, chacun y allant de son impro avec plus ou moins d'intensité : Daniel Casimir à la contrebasse, délicat et inspiré, Lyle Baron au piano plus introverti et Sam Jones à la batterie (en marcel et en bob… je ne désespère pas de voir un jour un musicien peint en bleu comme Philippe Katerine, ce serait marrant !) par moments trop présent.

Des partis pris intéressants comme celui de doubler la mélodie saxo avec le piano par exemple retiennent l'attention mais finalement peu de ressorts novateurs, pas d'éclats retentissants, pas trop de prises de risques.
Il est possible que ce soit son parti pris : un jazz «cool» plus sensuel que coriace.
Par contre le troisième morceau, nous cueille dans un moment de pur bonheur, très épuré, parfois le sax est seul pour une impro délicate, Nubya Garcia tire le maximum d'une émotion qui se fait jour. On entrevoit alors le potentiel créatif, la possibilité d'une ile.
Et puis le concert retombe hélas dans les mêmes travers que les morceaux du début, un espèce de nuage façon brouillard dont rien n'émerge vraiment, des thèmes qui se ressemblent à la note près.
On cherche une griffe, une sublimation, un discours original. Il y a du savoir-faire certes, de l'assimilation des codes du jazz, du talent musical c'est indéniable mais il y manque de l'engagement, de la confrontation, du combat. Et peut-être une ligne artistique. Personnellement je ne la perçois pas, trop subtile peut-être, ou pas assez prégnante, ou en construction ?
Un goût d'inachevé se fait sentir, le sentiment de passer à côté de quelque chose et de quelqu'un. Un rendez-vous manqué en somme. Mais rien de définitif pourtant. Peut-être sous un autre jour, un autre concert, un autre moment. Nubya Garcia a tant de qualités que ce ne serait pas étonnant.
Nubya Garcia, saxophone / Lyle Barton, piano / Sam Jones, batterie / Daniel Casimir, contrebasse
Chronique d'Annie Robert